les cinq motifs de l'échec
Roger Federer a été battu en cinq sets. Les experts analysent les raisons de sa défaite surprise.
Mariage, victoire à Paris, à Londres, des jumelles, tout a réussi au maître ces derniers mois. Cet état de grâce devait bien finir un jour. Ce jour est arrivé. Dans la nuit de lundi à mardi à New York. Quintuple tenant du titre, Roger Federer, 28 ans, quinze titres du Grand Chelem à son palmarès, a été battu par le jeune Argentin Juan Martin Del Potro, bientôt 21 ans, première finale de Grand Chelem de sa carrière. Le score: 6-3 6-7 6-4 6-7 2-6 en 4 h 06'. Et une question: pourquoi le Bâlois a-t-il perdu face au numéro six mondial? La réponse en cinq points.
1 Il n'a pas su tuer le match
Roger Federer est «impressionnant» au début du match (dixit Loïc Courteau, ancien entraîneur d'Amélie Mauresmo). Et «Del Potro est paralysé par l'événement», note Marc Rosset. Le Suisse brille dans le premier set et fait le break au début du deuxième. Mais il ne profite pas de ses nombreuses balles de break. Sur l'ensemble du match, il n'en concrétise que cinq sur 22. «Il n'a pas su tuer le match», affirme Erfan Djahangiri, l'entraîneur de Timea Bacsinszky. Claudio Mezzadri, le consultant de la TSI, se montre plus sévère: «Federer a mené 5-4 et 30-0 sur son service dans ce deuxième set. Un joueur de son niveau n'a pas le droit de perdre son service à ce moment-là.» Pourquoi a-t-il gâché autant d'occasions? Difficile à dire. «Reste que ce n'est pas sa marque de fabrique», relève Marc Rosset.
2 Il a été trahi par son service
Roger Federer n'a passé que 50% de premières balles contre Del Potro. Sur ses sept matches new-yorkais, c'est son moins bon pourcentage. «Si Federer n'avait pas été lâché par son service, il aurait pu enfoncer le clou dans le deuxième set», estime le consultant de France Télévisions, Patrice Dominguez. Et comment expliquer les onze doubles fautes du Bâlois? «Del Potro s'est montré très agressif sur les deuxièmes balles de Federer. Cela l'a obligé à prendre des risques. Et il s'est planté», constate Marc Rosset.
3 Il s'est vu vainqueur trop tôt
C'est le point qui fâche. «Dans le deuxième set, Federer a commencé à s'amuser sur le court, estime Claudio Mezzadri. Il était sûr d'avoir le match en main. Il a commencé à faire des coups faciles. Et il l'a payé.» Pas d'accord, Loïc Courteau: «Federer pratique un tennis tellement beau qu'on peut avoir le sentiment que c'est trop facile pour lui. Mais il ne s'agit pas de relâchement.» Pour Patrice Dominguez, il est très dur de voir la différence entre «relâchement et facilité. Mais Federer me semble trop aguerri pour se relâcher.» Devant notre écran, nous avons eu le sentiment que Federer s'est vu vainqueur trop tôt.
4 Il était cuit physiquement
Roger Federer n'a jamais semblé en mesure de tenir tête à son adversaire dans le dernier set. «Je l'ai rarement vu aussi fatigué, confie Patrice Dominguez. Mais il faut dire que Del Potro frappait très fort, il l'a soûlé de coups.» Marc Rosset: «Federer a commis des fautes de centrage de balles. C'est ce qui arrive lorsqu'on est fatigué.» Erfan Djahangiri s'interroge: «Federer était-il fatigué physiquement ou mentalement? Il devait être fâché d'avoir perdu le quatrième set au tie-break. Ça a dû le plomber.» Loïc Courteau: «Federer était moins frais que son adversaire. Et je pense que la perte de deux tie-breaks dans le match ne l'a pas aidé.»
5 Il a affronté un super Del Potro
Tous nos interlocuteurs le reconnaissent: à partir du milieu du deuxième set, l'Argentin a pratiqué un tennis incroyable. «Il va falloir compter avec lui, prévient Loïc Courteau. Malgré sa grande taille (198 cm), il se déplace très bien. Et il a des coups très puissants.» Marc Rosset est admiratif: «Del Potro a été chercher la victoire. Réussir à gagner après avoir perdu le troisième set sur deux doubles fautes, c'est énorme.» L'Argentin peut-il réussir à piquer la place du maître? «Il peut être numéro deux mondial, répond Claudio Mezzadri. Pour dépasser Federer, il doit s'améliorer sur herbe et sur terre battue. Mais il n'a que 20 ans et sa marge de progression est importante.» Marc Rosset partage cet avis: «Il peut améliorer son revers slicé et monter plus souvent au filet. Mais sa première victoire en Grand Chelem va le libérer. Il a tout pour devenir numéro un mondial un jour.»
Le psychologue du sport Makis Chamalidis relève que Del Potro s'est imposé en Grand Chelem à sa première tentative. «Il n'a pas eu besoin de payer pour voir. C'est la marque des grands.»