Le palmarès des phrases à la conToujours un peu facile de se payer la tête des footeux mais l’exercice est amusant, a fortiori quand on tend l’oreille pour écouter les interviews d’avant ou d’après match.
On connaissait l’énigmatique Eric Cantona ("quand les mouettes suivent le chalutier, c’est parce qu’elles pensent qu’on va leur jeter des sardines"), le grossier Paul Gascoigne (qui répondit à un journaliste par un rot sonore) ou l’étourdi Peter Luccin (qui s’exclama après une victoire en Coupe de France: "on est contents d’avoir pris 3 points"). Ils faisaient au moins preuve d’un zeste de créativité, avec une mention spéciale pour Canto qui n’avait pas hésité à traiter Henri Michel de "sac à m*****"’ après une non sélection.
Maintenant, à l’heure où les centres de formation forment des apprentis footballeurs, il ne faut surtout pas sortir des sentiers battus et la dialectique tourne autour de 5-6 phrases clefs, au mieux. Dommage car à trop brider les joueurs (qui s’exposent à des sanctions en cas de grosse c*******, on s’ennuie ferme.
Je vous propose un tour d’horizon des phrases redondantes, un peu lénifiantes, débitées mécaniquement,que l’on entend à toutes lessauces chaque week-end et qui commencent à nous saouler:
"Il faut prendre les matchs les uns après les autres." Un grand classique: simple, limpide, efficace. Ou comment le joueur ou l’entraîneur qui veut exprimer son souhait de ne pas se projeter à long terme enrhume tranquillement le journaliste. Mieux qu’un coup du sombrero ou un petit pont, le journaliste,abattu, prostré, ne s’en relève pas.On ne peut pas y couper.
"Il faudra être à 120%." Là, c’est très fort. Généralement prononcée quand on affronte le leader du championnatou quand le petit poucet de la Coupe de France rencontre un "gros", cette phrase est inscrite dans le patrimoine génétique d’un footeux. Il y a des variantes: "130, 140, 150%", on ne recule devant rien et encore moins devant les lois mathématiques. Cette phrase, manifestement magique, est reprise en boucle par les entraîneurs et vise à booster les joueurs. Consternant.
"Le groupe vit bien ensemble." C’est la réponse à une question concernant l’ambiance dans les vestiaires, les éventuels clans. Souvent prononcée par le capitaine, elle fleure bon la langue de bois. elle traduit généralement un profond malaise dans l’équipe et témoigne d’une ambiance électrique entre les "cadres"(voire une récente baston). Mais bon, le politiquement correct n’a pas de prix. On ne va pas dire: "on se déteste tous, on fait le job, on ramasse l’oseille et on rentre à la maison".
"On était bien en place." Après un bon vieux 0-0 des familles où l’équipe de Ricardo et de Boloni(coachs réputés pour leur système de jeux ultra défensif)se sont neutralisés et où le public s’est ennuyé à mourir, cette célèbre sentence traduit la satisfaction de l’entraîneur, content que son équipe ait appliqué ses consignes. En gros, "on a joué en 4-5-1,on a bétonné à outrance, tant pis pour le spectacle, moi j’ai pris mon pied". Tant pis pour le spectateur qui a payé son billet 20 euros....
"Y’a de la qualité":
Popularisée par Luis Fernandez, cette phrase, remarquablement construite sur le plan grammatical, a pour objectif de louer la qualité de jeux déployée par l’une des équipes. On ne s’enquiquine pas avec des adjectifs ou des phrases emberlifiquotées. On laisse lesphrases"abracadabrantesques" aux intellos. On est sur RMC. C’est là que ça se passe.
Reviens, Eric, tu nous manques.
http://www.sportvox.fr/article.php3?id_article=23348
